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Où voir des tortues en Guadeloupe

Publié le par la rédaction de Couleur Plongée

Où voir des tortues en Guadeloupe

En Guadeloupe, les tortues marines ne se cherchent pas au hasard : elles se cherchent là où pousse leur nourriture. Les tortues vertes broutent les herbiers de phanérogames, ces prairies sous-marines qui tapissent les fonds de sable entre 2 et 10 mètres. Les tortues imbriquées, elles, tournent autour des patates de corail et des tombants où elles grignotent éponges et gorgones. Retenez cette différence : elle explique à peu près tous les bons plans d'observation de l'archipel.

Concrètement, la baie de Malendure à Bouillante reste le site le plus régulier de l'île pour croiser des tortues vertes en apnée, à quelques dizaines de mètres du bord. Le Grand Cul-de-Sac Marin, avec ses vastes herbiers protégés par la barrière de corail, en abrite également, tout comme les fonds de Sainte-Anne, du Gosier et de Saint-François côté Grande-Terre. Sur les îles du sud, Petite-Terre, Les Saintes et Marie-Galante offrent des rencontres plus dispersées mais souvent plus tranquilles, loin de la foule.

Dernier point avant d'entrer dans le détail des sites : toutes les tortues marines sont intégralement protégées sur le territoire français. Les observer est un privilège encadré, pas un droit. Une rencontre réussie, c'est une tortue qui ne modifie pas son comportement parce que vous êtes là.

Les espèces que l'on croise réellement dans l'archipel

On parle souvent des « tortues de Guadeloupe » comme d'un bloc. En réalité, cinq espèces fréquentent les eaux des Antilles françaises, mais deux seulement se laissent observer avec régularité par un palmeur ou un plongeur ordinaire. Savoir les distinguer change complètement la façon dont vous lisez un site.

La tortue verte, la brouteuse d'herbiers

C'est celle que vous verrez le plus souvent à Malendure. Adulte, elle affiche une carapace lisse et arrondie qui peut approcher le mètre voire le dépasser, pour un poids de plusieurs dizaines de kilos. Sa tête est petite par rapport au corps, son bec court et arrondi, adapté à une alimentation presque exclusivement végétale une fois l'âge adulte atteint. Un juvénile de tortue verte fait la taille d'un grand plat à tarte et se laisse approcher plus facilement qu'un adulte, ce qui n'est d'ailleurs pas une bonne nouvelle pour lui.

Elle passe l'essentiel de sa journée à brouter, tête baissée dans l'herbier, puis remonte respirer à intervalles réguliers. Ces apnées durent de quelques minutes à beaucoup plus quand l'animal se repose. C'est ce rythme qu'il faut respecter absolument : couper la trajectoire verticale d'une tortue qui remonte, c'est la forcer à redescendre sans avoir respiré.

La tortue imbriquée, l'habitante du corail

Plus petite, plus nerveuse, plus élégante aussi. Sa carapace présente des écailles qui se chevauchent comme des tuiles, d'où son nom, et son bec est crochu, presque en forme de bec d'oiseau de proie. Elle fréquente les fonds coralliens, les tombants et les patates isolées, ce qui la met directement sur la route des plongeurs bouteille. Vous la croiserez plutôt sur les sites du secteur de Bouillante, autour des îlets Pigeon et de la Réserve Cousteau, ou sur les tombants coralliens des Saintes.

Son régime alimentaire est particulier : elle consomme des éponges, y compris des espèces toxiques pour la plupart des autres animaux. Ce rôle de tondeuse à éponges libère de l'espace sur le récif et laisse les coraux durs s'installer. Une population d'imbriquées en bonne santé est un indicateur de récif fonctionnel.

Les espèces plus rares

La tortue luth, la plus grande des tortues marines, ne se voit quasiment jamais sous l'eau en Guadeloupe. Elle vit au large, se nourrit de méduses et ne revient à terre que pour pondre, de nuit, sur certaines plages. La tortue caouanne, à la tête massive, reste occasionnelle. Quant à la tortue olivâtre, elle relève de l'observation exceptionnelle. Si vous croisez l'une d'elles, considérez que vous avez eu beaucoup de chance et gardez vos distances de la même manière.

Les herbiers, la clé de lecture d'un site à tortues

Un herbier n'est pas une algue. Ce sont des plantes à fleurs marines, avec des racines et des rhizomes, qui forment des prairies sur les fonds meubles abrités. En Guadeloupe, ces herbiers occupent les baies protégées, l'arrière du récif barrière et les zones de sable calme entre 1 et 15 mètres de profondeur environ.

Ils rendent trois services que peu de milieux cumulent. Ils fixent le sédiment et limitent la turbidité, ce qui profite directement à la visibilité que vous apprécierez en snorkeling. Ils servent de nurserie à quantité de poissons juvéniles. Et ils nourrissent les tortues vertes, qui broutent toujours à peu près les mêmes parcelles, taillant l'herbe courte et stimulant sa repousse comme le ferait un troupeau sur un pâturage.

C'est pour cette raison que la même tortue revient souvent au même endroit. Les guides locaux le savent, les habitués aussi. Cela veut dire qu'une fois un herbier repéré, vos chances d'observation sur les jours suivants sont bonnes. Cela veut dire aussi qu'une pression humaine excessive sur une petite zone d'herbier a des effets concentrés : mouillages de bateaux qui arrachent les rhizomes, palmes qui soulèvent le sédiment, animaux dérangés en permanence pendant leur repas.

Côte sous le vent : Malendure et le secteur de Bouillante

La baie de Malendure, à Bouillante, est le point de départ historique de la plongée en Basse-Terre et le site de snorkeling le plus fréquenté de l'île. Le fond y descend doucement, l'herbier commence à quelques brasses du sable noir et la houle y est le plus souvent modeste. La combinaison est idéale pour les tortues vertes, qui y sont présentes toute l'année.

L'observation se fait en palmes, masque et tuba, sans bouteille. Inutile de partir loin : la plupart des rencontres se font entre 2 et 6 mètres de fond, souvent dans les cent premiers mètres depuis la plage. Comme le site est très fréquenté, les règles d'approche y sont d'autant plus importantes ; nous les détaillons dans notre guide dédié consacré aux bonnes pratiques pour nager avec les tortues à Malendure.

Le reste du secteur mérite le détour. Anse à la Barque, les fonds au sud de Bouillante et les abords des îlets Pigeon offrent des rencontres avec des imbriquées pour les plongeurs bouteille. En surface comme en plongée, la règle est la même : on observe, on ne poursuit pas.

Grande-Terre, Grand Cul-de-Sac Marin et lagons

Le Grand Cul-de-Sac Marin, protégé par une longue barrière de corail et classé pour partie au sein du Parc national de la Guadeloupe, concentre des surfaces d'herbiers considérables. L'accès se fait en bateau, souvent dans le cadre d'une sortie combinée mangrove et lagon. Les tortues vertes y sont présentes mais dispersées : sur une immensité d'herbier, la densité de rencontres est plus faible qu'à Malendure, mais la qualité de l'observation est meilleure car l'animal est rarement dérangé.

Côté sud de Grande-Terre, les lagons de Sainte-Anne, du Gosier et de Saint-François donnent aussi des rencontres régulières, en particulier tôt le matin quand l'activité nautique n'a pas encore démarré. Ces plages sont par ailleurs d'excellents terrains de découverte pour le masque et tuba en général, comme nous le détaillons dans notre sélection de spots de snorkeling accessibles à tous en Guadeloupe.

Un point mérite d'être signalé : la côte au vent, exposée à l'est, est régulièrement affectée par les échouages d'algues brunes qui rendent l'eau trouble et l'observation impossible sur certaines périodes. Ce paramètre pèse lourd dans le choix d'un secteur, et nous lui consacrons un article complet sur l'impact des sargasses sur les spots guadeloupéens.

Les îles du sud : Petite-Terre, Les Saintes, Marie-Galante

Petite-Terre est une réserve naturelle où le lagon peu profond abrite une faune dense. Les tortues y sont présentes, tout comme les raies et les requins-citron juvéniles, dans un ensemble qui donne une idée assez juste de ce que devait être le littoral antillais avant l'urbanisation. L'accès est encadré et se fait uniquement dans le cadre de sorties organisées, avec un nombre de visiteurs limité et des consignes précises.

Aux Saintes, les rencontres se font davantage avec des imbriquées, sur les tombants et les fonds coralliens de l'archipel. La topographie y est plus verticale, l'eau souvent très claire, et la tortue apparaît plutôt en transit qu'en train de brouter. Marie-Galante propose un mélange des deux, avec des herbiers côtiers accessibles depuis certaines plages et des fonds coralliens plus au large.

Sur toutes ces îles, la même logique s'applique : cherchez les prairies sous-marines pour les vertes, les patates et les tombants pour les imbriquées, et adaptez le créneau horaire. Le matin, l'eau est plus lisse, la lumière meilleure, et les animaux plus calmes.

Une espèce intégralement protégée

En France, toutes les espèces de tortues marines bénéficient d'une protection intégrale. Cela signifie que sont interdits la capture, la détention, le transport, la naturalisation, le commerce, mais aussi la perturbation intentionnelle des animaux et la destruction de leurs sites de reproduction et de repos. Cette dernière notion est celle qui concerne le plus directement les vacanciers : toucher, poursuivre, chevaucher ou nourrir une tortue relève de la perturbation intentionnelle.

Les sanctions prévues par le Code de l'environnement pour atteinte à une espèce protégée sont lourdes et peuvent aller jusqu'à des peines d'emprisonnement. Sur le terrain, les agents du Parc national de la Guadeloupe, l'Office français de la biodiversité et la gendarmerie maritime sont habilités à constater les infractions. Chaque saison, des rappels à la loi sont faits sur les sites très fréquentés.

Ces espèces sont par ailleurs inscrites sur les listes internationales d'espèces menacées et couvertes par des conventions de protection régionales dans la Caraïbe. Ce statut n'est pas décoratif : les populations antillaises ont été durement touchées par la chasse jusqu'à la fin du vingtième siècle, et leur remontée, quand elle est constatée, est lente à l'échelle d'une espèce dont la maturité sexuelle s'atteint après de nombreuses années.

Vous pouvez consulter le cadre réglementaire et les missions de protection sur le site du Parc national de la Guadeloupe.

Les règles d'approche qui fonctionnent vraiment

La bonne distance est celle qui laisse l'animal indifférent à votre présence. En pratique, gardez au minimum trois à cinq mètres, davantage si la tortue est en train de se nourrir ou de se reposer sur le fond. Une tortue qui interrompt son repas, qui relève brusquement la tête ou qui s'écarte vous dit qu'elle est déjà dérangée.

Approchez de côté et jamais par l'arrière ni par le dessus. Une silhouette qui surgit au-dessus de sa carapace ressemble à un prédateur. Restez en surface plutôt que de descendre sur elle, et surtout ne vous placez jamais entre elle et la surface : elle doit pouvoir remonter respirer à tout moment, en ligne droite, sans obstacle.

Ne touchez pas, jamais, sous aucun prétexte. La carapace est recouverte d'un revêtement vivant, le contact abîme les écailles et transmet des bactéries. Ne nourrissez pas : une tortue habituée à recevoir de la nourriture perd sa méfiance, s'approche des bateaux et finit blessée par une hélice. Ne prenez pas de selfie au contact et coupez le flash. Enfin, un groupe de nageurs qui encercle un animal produit exactement le stress que trois nageurs répartis en arc de cercle éviteraient.

Un détail que beaucoup de visiteurs découvrent sur place : la crème solaire. Les filtres chimiques classiques se dispersent dans l'eau et pèsent sur les coraux et les herbiers. Préférez un lycra anti-UV, un t-shirt technique, une crème minérale, et appliquez la protection au moins vingt minutes avant d'entrer dans l'eau.

La saison de ponte et ce qu'elle change

Les femelles reviennent pondre sur les plages, souvent à proximité de celle qui les a vues naître. Aux Antilles, la période de ponte s'étale principalement sur la saison chaude et humide, de la fin du printemps à l'automne, avec des variations selon les espèces. L'incubation dure environ deux mois, et les émergences de nouveau-nés se produisent donc jusqu'en fin d'année sur certains sites.

Une ponte se déroule de nuit. Si vous êtes témoin d'une montée de femelle, la règle absolue est de ne pas éclairer, ne pas photographier avec flash, ne pas s'approcher, ne pas faire de bruit. Une femelle dérangée avant d'avoir creusé fait demi-tour et repart en mer sans avoir pondu. Restez à distance, en retrait, et laissez-la faire.

Pour les émergences, même principe. Les nouveau-nés s'orientent vers la mer grâce à la luminosité de l'horizon marin. Une lampe, un téléphone, un éclairage de terrasse les désorientent et les envoient vers l'intérieur des terres, où ils meurent de déshydratation ou sous les roues d'une voiture. Ne les manipulez pas et ne les portez pas à l'eau : le trajet sur le sable participe à leur imprégnation et à leur développement musculaire.

Si vous constatez une tortue blessée, échouée, prise dans un filet, ou une ponte menacée, prévenez les autorités locales compétentes plutôt que d'intervenir vous-même. Sur l'eau, le CROSS Antilles-Guyane reste joignable au 196 pour toute situation maritime préoccupante.

Organiser son séjour autour des rencontres

Les tortues sont visibles toute l'année en Guadeloupe, ce qui est une excellente nouvelle. La question du calendrier porte donc surtout sur les conditions de mer, la visibilité et le confort général du séjour, sujets que nous traitons en détail dans notre guide sur la meilleure période pour plonger en Guadeloupe.

Deux réflexes améliorent nettement vos chances. Sortez tôt : entre le lever du jour et neuf heures, la mer est plus plate, la fréquentation minimale et les animaux plus détendus. Et donnez-vous plusieurs tentatives sur plusieurs jours plutôt qu'une longue session unique, car une matinée de mer creuse ou d'eau chargée peut suffire à annuler une observation.

Si la biodiversité antillaise vous intéresse au-delà des tortues, notre rubrique consacrée à l'océan et à la biodiversité couvre les autres habitants du récif, du mérou aux poissons-lions, ainsi que les grands enjeux de conservation locaux.

Questions fréquentes

Faut-il savoir plonger pour voir des tortues en Guadeloupe ?

Non. Les meilleures observations de tortues vertes se font en palmes, masque et tuba, entre 2 et 6 mètres de fond, sans aucune qualification. Savoir nager correctement et être à l'aise avec un tuba suffit. La plongée bouteille apporte surtout des rencontres avec des tortues imbriquées sur les fonds coralliens.

Est-il permis de toucher une tortue si elle vient vers moi ?

Non, dans aucun cas. Même si l'animal s'approche de lui-même, le contact reste interdit et relève de la perturbation d'une espèce protégée. Reculez doucement pour maintenir la distance plutôt que de tendre la main.

À quelle heure a-t-on le plus de chances ?

Tôt le matin. La mer est généralement plus calme, la lumière rasante donne une bonne lisibilité du fond et les sites très fréquentés sont encore vides. Une seconde fenêtre existe en fin d'après-midi, mais avec une luminosité déclinante.

Peut-on voir des tortues toute l'année ?

Oui. Les tortues vertes et imbriquées sont présentes en permanence dans les eaux guadeloupéennes. Seule la ponte suit un calendrier saisonnier, principalement sur la saison chaude, mais elle se déroule de nuit sur les plages et ne concerne pas l'observation en mer.

Que faire si je trouve une tortue en difficulté ?

Ne la manipulez pas et ne la remettez pas à l'eau vous-même. Signalez la situation aux autorités locales et gardez le public à distance en attendant. En mer, le 196 met en relation avec le CROSS Antilles-Guyane.

Les tortues sont-elles dangereuses ?

Elles ne présentent aucun danger pour un nageur qui garde ses distances. Une tortue imbriquée acculée peut mordre avec un bec puissant, mais cela suppose qu'elle ait été coincée ou harcelée. Le risque disparaît totalement si vous respectez l'espace de l'animal.