# Accident de plongée : les bons réflexes et les numéros utiles

> Un accident de plongée se joue rarement sous l'eau. Il se joue dans les minutes et les heures qui suivent la sortie, dans la capacité de l'entourage à…

Un accident de plongée se joue rarement sous l'eau. Il se joue dans les minutes et les heures qui suivent la sortie, dans la capacité de l'entourage à repérer un signe anormal, à ne pas le minimiser, et à déclencher l'alerte auprès des bons interlocuteurs. En mer, en France et aux Antilles françaises, ces interlocuteurs sont le CROSS, joignable au 196 , et le SAMU au 15 . Ces deux numéros doivent être connus de tout plongeur, y compris de celui qui vient de faire son premier baptême. 

 Cet article ne remplace ni une formation de secourisme, ni l'avis d'un médecin, ni les consignes du directeur de plongée présent sur le site. Il décrit ce qu'un plongeur de loisir a besoin de comprendre : à quoi ressemble un accident, qui appeler, ce que font les professionnels, et surtout ce qu'il ne faut jamais faire. Aucun protocole de soin n'y figure, parce que les gestes techniques s'apprennent en formation encadrée, pas dans un texte. 

 Une chose mérite d'être posée d'emblée. La plongée de loisir encadrée est une activité dont l'accidentologie reste faible rapportée au nombre d'immersions. Mais quand un accident survient, le facteur qui pèse le plus sur le pronostic est le délai de prise en charge. C'est exactement le paramètre sur lequel les témoins ont prise, et c'est pour cela que l'hésitation à appeler est le vrai problème. 

## Reconnaître un accident de désaturation

 L'accident de désaturation, souvent appelé accident de décompression, résulte de la formation de bulles d'azote dans les tissus ou la circulation lorsque la remontée n'a pas permis une élimination progressive du gaz dissous. Le mécanisme est détaillé dans notre article sur le fonctionnement des paliers de décompression , et il explique pourquoi les facteurs aggravants comme le froid, l'effort ou la déshydratation comptent autant que le profil lui-même. 

 Les manifestations sont variées, ce qui rend le diagnostic difficile pour un non-médecin. Elles apparaissent généralement dans l'heure qui suit la sortie de l'eau, parfois immédiatement, parfois plus tardivement dans les vingt-quatre heures. 

 
- Signes cutanés : démangeaisons, marbrures, plaques rouges ou bleutées, en particulier sur le tronc.

- Signes articulaires et musculaires : douleur d'apparition progressive dans une épaule, un coude, un genou ou une hanche, souvent décrite comme profonde et mal localisée.

- Signes neurologiques : fourmillements, engourdissement, faiblesse d'un membre, troubles de la marche ou de l'équilibre, difficulté à parler, trouble visuel, difficulté à uriner.

- Signes généraux : fatigue anormale et disproportionnée, malaise, nausées, vertiges, maux de tête inhabituels.

- Signes vestibulaires : vertige rotatoire intense, souvent accompagné de vomissements.

 

 Le piège classique s'appelle la fatigue. Un plongeur qui s'endort sur le pont, exténué, après une plongée ordinaire, mérite qu'on lui pose des questions plutôt qu'une serviette. La fatigue anormale figure parmi les signes les plus fréquemment rapportés et les plus fréquemment négligés. 

### Le doute joue toujours en faveur de l'alerte

 Il n'existe aucune raison valable de temporiser. Un accident de désaturation pris en charge tôt évolue souvent bien. Le même accident traité avec plusieurs heures de retard laisse beaucoup plus souvent des séquelles. Un appel au 196 ou au 15 pour une suspicion qui se révèle bénigne n'est pas un dérangement : les régulateurs médicaux sont là précisément pour trier. Ne demandez jamais à un plongeur symptomatique de décider lui-même s'il va bien, d'autant que les atteintes neurologiques altèrent justement le jugement. 

## Reconnaître un barotraumatisme

 Les barotraumatismes n'ont rien à voir avec l'azote dissous. Ils résultent de la variation de volume des gaz contenus dans les cavités du corps quand la pression change. Ils surviennent donc pendant la descente ou pendant la remontée, et non après. 

 Les oreilles représentent la très grande majorité des cas. La douleur à la descente, quand l'équilibrage ne passe pas, est un signal d'arrêt immédiat : on remonte de quelques dizaines de centimètres et on réessaie, on ne force jamais. Une douleur persistante après la plongée, une sensation d'oreille bouchée, un saignement ou une baisse d'audition imposent une consultation médicale. 

 Les sinus donnent une douleur frontale ou sous-orbitaire, parfois un saignement de nez au retour en surface. Plonger enrhumé, avec ou sans décongestionnant, expose particulièrement à ce type d'incident, ce qui est l'une des raisons pour lesquelles on renonce à une plongée quand on est encombré. 

 Le poumon constitue la forme grave. La surpression pulmonaire survient lorsqu'un plongeur remonte en bloquant sa respiration, volontairement ou par réflexe de panique. L'air contenu dans les poumons se dilate et peut léser le tissu pulmonaire. Les signes peuvent apparaître très vite après la sortie : douleur thoracique, difficulté à respirer, crachats sanglants, troubles neurologiques. C'est une urgence vitale, et elle justifie un appel immédiat. 

 Les dents et l'estomac complètent la liste, avec des tableaux généralement bénins mais parfois très douloureux. Une dent mal soignée, une couronne ancienne, peuvent piéger de l'air et se manifester en profondeur. 

## La chaîne des secours en mer

 En France, y compris en Guadeloupe, l'alerte en mer passe par les Centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage. Pour l'arc antillais, il s'agit du CROSS Antilles-Guyane. Le numéro d'urgence maritime est le 196 depuis un téléphone, et le canal 16 en VHF depuis un bateau. 

 Le CROSS coordonne l'ensemble des moyens : il alerte le SAMU, mobilise si nécessaire un moyen nautique ou aérien, et organise l'acheminement vers la structure hospitalière adaptée. Le 15 reste pertinent, en particulier si l'accident est constaté à terre, après le retour au port. Les deux numéros communiquent entre eux. Composer l'un ou l'autre n'est jamais une erreur, le régulateur oriente. 

### Ce qu'il faut être capable de dire au téléphone

 La qualité de l'alerte conditionne la rapidité de la réponse. Préparez mentalement, ou mieux, faites préparer par écrit sur le bateau : 

 
- La position précise : nom du site, coordonnées si disponibles, point de débarquement prévu.

- L'identité et l'âge de la victime, ses antécédents connus si l'information est disponible.

- Le profil de la plongée : profondeur maximale, durée, paliers effectués ou manqués, mélange respiré, incident éventuel pendant la remontée.

- Le nombre de plongées effectuées dans les jours précédents.

- Les signes constatés, leur heure d'apparition, leur évolution depuis.

- Les moyens disponibles à bord, notamment la présence d'oxygène et d'une personne formée.

 

 Ces informations sont beaucoup plus faciles à fournir quand la plongée a été correctement enregistrée. C'est l'un des arguments les moins romantiques mais les plus solides en faveur d'un ordinateur conservé au poignet et d'un carnet tenu à jour. 

## L'oxygénothérapie normobare à bord

 Tous les bateaux de plongée professionnels français embarquent un bloc d'oxygène médical et un matériel d'administration, et cet équipement fait partie des obligations qui encadrent l'activité. L'administration d'oxygène à pression atmosphérique, dite oxygénothérapie normobare, constitue le geste de référence dans l'attente des secours en cas de suspicion d'accident de désaturation. 

 Ce geste est réalisé par les encadrants et les plongeurs titulaires d'une qualification de secourisme adaptée, en liaison avec la régulation médicale. Il ne s'improvise pas : le choix du matériel, la position de la victime, la surveillance, la conduite à tenir selon l'état de conscience relèvent d'une formation pratique et de l'avis du médecin régulateur joint au téléphone. Ce texte ne décrit volontairement aucune modalité d'administration. 

 Ce qu'il est utile de savoir, en tant que plongeur, c'est que ce matériel doit être présent, contrôlé, et que quelqu'un à bord doit savoir s'en servir. Vérifier ce point fait partie des questions légitimes à poser à une structure avant de s'inscrire, au même titre que la présence d'une VHF et d'une trousse de secours. Sur les sites très fréquentés de la Réserve Cousteau, au départ de Malendure , les bateaux sont nombreux et les délais de retour au port courts, ce qui est un avantage réel, mais cela ne dispense d'aucune vérification. 

## Ce qu'il ne faut surtout pas faire

 Certaines idées circulent encore dans les clubs, souvent transmises de bouche à oreille. Elles sont dangereuses et les organismes de sécurité en plongée les combattent de longue date. 

 Ne jamais réimmerger un plongeur accidenté. La recompression dans l'eau, parfois appelée réimmersion, consiste à redescendre un plongeur symptomatique pour tenter de faire disparaître les bulles. Elle est unanimement déconseillée en plongée de loisir. Les raisons sont simples : la victime peut perdre connaissance sous l'eau, elle se refroidit, elle consomme un air qui viendra à manquer, et l'on perd un temps considérable au moment où il compte le plus. Un plongeur accidenté sort de l'eau et y reste. 

 Ne pas laisser la victime seule et ne pas la laisser marcher ou fournir un effort. L'effort majore la circulation et peut aggraver le tableau. 

 Ne pas donner de médicament de sa propre initiative, aspirine comprise. Toute administration relève du médecin régulateur. 

 Ne pas replonger le jour même, ni les jours suivants, après un accident même bénin en apparence, tant qu'un médecin n'a pas donné son accord. 

 Ne pas prendre l'avion. C'est un réflexe à ancrer, surtout en contexte de voyage. Un plongeur suspect d'accident de désaturation ne doit pas embarquer, et la question du retour se règle avec les médecins et, le cas échéant, avec l'assistance de son assureur. Ce point est développé dans notre comparatif des assurances plongée et de leurs garanties d'assistance . 

 Ne pas confondre narcose et accident. Un plongeur qui a présenté des signes de narcose à l'azote pendant la plongée retrouve normalement toutes ses facultés en remontant. Si une confusion, un trouble de la parole ou une faiblesse persistent en surface, il ne s'agit plus de narcose et l'alerte s'impose. 

## Le caisson hyperbare et la prise en charge hospitalière

 Le traitement de référence d'un accident de désaturation est la recompression thérapeutique en caisson hyperbare, réalisée en milieu hospitalier sous contrôle médical. La Guadeloupe dispose d'un caisson hyperbare au CHU de Pointe-à-Pitre, ce qui constitue un atout important pour un territoire insulaire et pour l'ensemble de l'arc antillais. 

 L'orientation vers ce type de structure ne se décide jamais depuis le bateau. Elle relève du médecin régulateur, qui évalue le tableau clinique, choisit le vecteur de transport et prévient le service. Le rôle des témoins s'arrête à une alerte rapide, complète et honnête, y compris sur les manquements éventuels au profil de plongée. Cacher un palier sauté ou une remontée rapide par crainte du jugement retarde le diagnostic et n'aide personne. 

 Il faut également savoir que certains territoires de plongée dans le monde n'offrent aucune structure de ce type à proximité, ce qui change complètement l'équation du risque et rend la question de l'évacuation sanitaire centrale dans la préparation d'un voyage. 

## Le RIFAP, et pourquoi il devrait intéresser tout le monde

 Le RIFAP, Réactions et Intervention Face à un Accident de Plongée, est la qualification de secourisme spécifique à la plongée délivrée dans le cadre fédéral. Elle est requise pour l'accès au niveau 3 et pour l'encadrement, et elle couvre les gestes de base, l'utilisation de l'oxygène, l'organisation de l'alerte et le comportement en palanquée face à un accident. 

 Son intérêt dépasse largement l'obligation administrative. Un plongeur formé sait quoi dire au téléphone, sait où se trouve le matériel, sait ne pas paniquer et sait surtout que son rôle est utile. Les organismes internationaux proposent des formations comparables, avec des contenus proches. Le choix entre les cursus se discute selon votre projet de progression, comme nous le détaillons dans notre comparaison entre les certifications PADI et FFESSM . 

 Le corollaire, c'est la visite médicale. L'aptitude à la plongée s'évalue par un médecin, idéalement un médecin fédéral ou formé à la médecine de plongée, et le certificat médical de non contre-indication n'est pas une formalité de dossier. Certains antécédents cardiaques, respiratoires ou ORL modifient réellement le risque, et c'est le seul moment où ils seront examinés. Vous trouverez les informations institutionnelles à jour sur le site de la Fédération française d'études et de sports sous-marins . 

## L'assurance, le maillon que l'on oublie

 Un accident de plongée peut mobiliser un moyen nautique, un hélicoptère, une hospitalisation, des séances de caisson, puis un rapatriement sanitaire vers la métropole ou vers votre pays de résidence. Les montants en jeu n'ont rien à voir avec ceux d'un incident de voyage ordinaire, et les contrats d'assistance génériques excluent fréquemment la plongée au-delà d'une certaine profondeur, voire dans son ensemble. 

 Vérifiez avant de partir ce que couvre réellement votre contrat, licence fédérale comprise, et conservez les coordonnées de votre assistance dans votre téléphone et sur papier dans votre sac. Le jour où vous en aurez besoin, personne n'aura le temps de chercher un numéro dans une boîte mail. 

## Questions fréquentes

### Faut-il appeler le 196 ou le 15 ?

 Le 196 est le numéro d'urgence maritime, coordonné par le CROSS, et il est le plus adapté quand l'accident survient en mer ou au retour du bateau. Le 15 est pertinent à terre. Les deux services travaillent ensemble et se transmettent l'alerte, l'essentiel est d'appeler sans attendre. 

### Combien de temps après la plongée un accident peut-il apparaître ?

 La plupart des signes apparaissent dans l'heure qui suit la sortie de l'eau, mais des manifestations plus tardives sont possibles dans les vingt-quatre heures. Un symptôme inhabituel le soir d'une journée de plongée doit être signalé, même s'il paraît léger. 

### Un plongeur qui va mieux peut-il annuler l'alerte ?

 Non, pas de sa propre initiative. Certains signes régressent spontanément puis réapparaissent, et un tableau neurologique peut se dégrader après une amélioration transitoire. La décision revient au médecin régulateur, joint par téléphone. 

### Où se trouve le caisson hyperbare le plus proche en Guadeloupe ?

 Le CHU de Pointe-à-Pitre dispose d'un caisson hyperbare. L'orientation vers cette structure est décidée par la régulation médicale, jamais par la palanquée ou par le club, et le transport est organisé par les secours. 

### Peut-on plonger après un accident de désaturation ?

 La reprise de la plongée après un accident relève exclusivement d'un avis médical spécialisé, généralement d'un médecin hyperbare ou fédéral. Les délais et les conditions varient selon la nature de l'atteinte et l'évolution. Aucune règle générale ne s'applique. 

### Que faire si l'on est seul témoin sur une plage ?

 Appelez immédiatement le 196 ou le 15, restez auprès de la personne, mettez-la au repos, ne la laissez pas repartir seule et suivez les instructions du régulateur. Si des sauveteurs ou une structure de plongée sont à proximité, faites-les prévenir en parallèle par un tiers.

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Source : https://couleurplongee.fr/blog/accident-de-plongee-reflexes-numeros/
